« Quelle
stratégie pour éradiquer la discrimination basée sur les castes et l’ascendance
en Afrique de l’Ouest ? » Tel a été le thème du colloque régional
organisé ces jeudi et vendredi dans un hôtel de Dakar. Initié par Amnesty
International Sénégal et la fondation Konrad Adenauer, la rencontre a réuni une
centaine de participants. Il s’agit d’acteurs de la société civile, de
représentants d’institutions nationales des droits humains, de magistrats et de
parlementaires, tous venus du Sénégal, du Mali, de la Mauritanie, du Niger, du
Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire et de la Guinée. Le but visé est d’établir
des discussions allant dans le sens d’adopter des stratégies de lutte contre
les pratiques propres à l’esclavage envers les castes. « L’intérêt de ce
colloque est de discuter, de faire une cartographie des groupes ethniques qui
présentent les caractéristiques de système de caste, de voir les mesures prises
par les politiques publiques, l’état des législations et des cours et tribunaux.
Il s’agit aussi d’émettre des
recommandations, de sensibiliser sur un sujet qui est gravissime sur le terrain
des droits humains », a expliqué ce jeudi
Margaux Wipf, coordonnatrice principale du
bureau régional Etat de droit de la fondation Konrad Adenauer. Poursuivant,
Seydi Gassama, directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal a révèle que
la question de la maltraitance des castes a été depuis des années discutée par
des ONG présentes dans les pays de la sous-région. C’est ainsi qu’un réseau a
été créé pour permettre de militer en faveur de la fin de la discrimination des
couches vulnérables des sociétés. « Ce sont les pays membres de ce réseau qui
sont rassemblés aujourd’hui à Dakar pour qu’ensemble, nous réfléchissions et
que nous puissions adopter une stratégie et faire des recommandations aux États
pour que cette question soit prise en compte par les cours et tribunaux, par
les États dans leurs programmes de promotion des droits humains », a-t-il
déclaré.
Toutefois,
mettre un terme à la violence envers les castes et à l’ascendance n’est pas une
mince affaire, ont reconnu les membres du colloque. Ceci a trait, aux
différentes formes de discriminations qui existent dans la sous-région.
Celles-ci sont nombreuses et diverses selon le directeur d’Amnesty
International. « Au Mauritanie, il y a toujours des personnes qui sont sur
la servitude malgré les lois adoptées depuis les années 80 interdisant les
pratiques esclavagistes. Ceux qui sont sortis de l’esclavage sont totalement
désavantagés dans la société. Et ces personnes constituent, selon plusieurs
estimations, la moitié de la population mauritanienne, en l’occurrence les
haratins. Ces genres de pratiques existent également au Niger, au Burkina et
ici au Sénégal, » a certifié Seydi Gassama.
Se
prononçant sur le cas du Sénégal, le droit de l’hommiste a ajouté :
« La presse a plusieurs fois rapporté des affrontements entre communautés
nobles et communautés de descendants d’esclave dans l’est du pays. De même, dans
certaines localités, des personnes castées et non castées ne partagent pas le
même cimetière. Alors qu’à la Casamance ou à Joal des chrétiens et musulmans
dorment dans le même cimetière. Et dans le cadre des relations sociales,
beaucoup de famille s’opposent à des mariages entre jeunes de différents castes,
simplement parce qu’elles considèrent que cela est néfaste ».
Une
question reléguée au second plan par les États des pays de la sous-région,
d’après les participants du colloque. Ces derniers ont soulevé, lors des
discussions, une faillite des États dans la lutte contre l’esclavage. Ils ont
également déploré l’absence ou la non application de politiques permettant de
combattre la discrimination des castes dans leurs pays respectifs. Raison pour
laquelle ils considèrent que les personnalités religieuses constituent la
solution pour mettre fin à la discrimination des castes et à l’ascendance en
Afrique de l’Ouest. « Nous reconnaissons le rôle important que les chefs
religieux, musulmans et chrétiens ont joué pour atténuer et éradiquer les
castes au Sénégal. Il n’y a aucune religion révélée qui organise des
stratifications sociales entre les gens. La société civile a l’occasion de travailler
avec les familles religieuses pour que la sensibilisation se poursuive car il
faut sensibiliser. Et le meilleur outil de sensibilisation reste la
religion », a déclaré le droit de l’hommiste.
Ainsi,
au terme du colloque hier vendredi, une série de recommandations a été émises
par les pays membres de la sous-région. Il s’agit entre autres d’ « inviter
les États à traiter de manière urgente la question de la discrimination fondée
sur l’esclave, de demander aux organisations de la société civile de renforcer
le plaidoyer en faveur de la lutte contre l’esclavage en privilégiant le moyen
de l’éducation, ou encore de recommander aux États et aux organisations
impliquées dans la lutte de financer des campagnes de sensibilisation visant
les anciens et les nouveaux esclaves ». Ces principales recommandations
seront étudiées pour une durée d’une semaine avant d’être validées par les participants.

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