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samedi 18 septembre 2021

COLLOQUE SUR LA DISCRIMINATION DES CASTES : Les écueils d'une épineuse question

 

Seydi Gassama et Ingo Badoreck

Amnesty International/Sénégal et la fondation Konrad Adenauer ont organisé ces jeudi et vendredi à Dakar un colloque régional regroupant plusieurs pays de la sous-région sur le thème : « Quelles stratégies pour éradiquer la discrimination fondée sur les castes et l’ascendance en Afrique de l’Ouest ? »

« Quelle stratégie pour éradiquer la discrimination basée sur les castes et l’ascendance en Afrique de l’Ouest ? » Tel a été le thème du colloque régional organisé ces jeudi et vendredi dans un hôtel de Dakar. Initié par Amnesty International Sénégal et la fondation Konrad Adenauer, la rencontre a réuni une centaine de participants. Il s’agit d’acteurs de la société civile, de représentants d’institutions nationales des droits humains, de magistrats et de parlementaires, tous venus du Sénégal, du Mali, de la Mauritanie, du Niger, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire et de la Guinée. Le but visé est d’établir des discussions allant dans le sens d’adopter des stratégies de lutte contre les pratiques propres à l’esclavage envers les castes. « L’intérêt de ce colloque est de discuter, de faire une cartographie des groupes ethniques qui présentent les caractéristiques de système de caste, de voir les mesures prises par les politiques publiques, l’état des législations et des cours et tribunaux. Il s’agit aussi d’émettre des recommandations, de sensibiliser sur un sujet qui est gravissime sur le terrain des droits humains », a expliqué ce jeudi Margaux Wipf, coordonnatrice principale du bureau régional Etat de droit de la fondation Konrad Adenauer. Poursuivant, Seydi Gassama, directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal a révèle que la question de la maltraitance des castes a été depuis des années discutée par des ONG présentes dans les pays de la sous-région. C’est ainsi qu’un réseau a été créé pour permettre de militer en faveur de la fin de la discrimination des couches vulnérables des sociétés. « Ce sont les pays membres de ce réseau qui sont rassemblés aujourd’hui à Dakar pour qu’ensemble, nous réfléchissions et que nous puissions adopter une stratégie et faire des recommandations aux États pour que cette question soit prise en compte par les cours et tribunaux, par les États dans leurs programmes de promotion des droits humains », a-t-il déclaré.

Toutefois, mettre un terme à la violence envers les castes et à l’ascendance n’est pas une mince affaire, ont reconnu les membres du colloque. Ceci a trait, aux différentes formes de discriminations qui existent dans la sous-région. Celles-ci sont nombreuses et diverses selon le directeur d’Amnesty International. « Au Mauritanie, il y a toujours des personnes qui sont sur la servitude malgré les lois adoptées depuis les années 80 interdisant les pratiques esclavagistes. Ceux qui sont sortis de l’esclavage sont totalement désavantagés dans la société. Et ces personnes constituent, selon plusieurs estimations, la moitié de la population mauritanienne, en l’occurrence les haratins. Ces genres de pratiques existent également au Niger, au Burkina et ici au Sénégal, » a certifié Seydi Gassama.

Se prononçant sur le cas du Sénégal, le droit de l’hommiste a ajouté : « La presse a plusieurs fois rapporté des affrontements entre communautés nobles et communautés de descendants d’esclave dans l’est du pays. De même, dans certaines localités, des personnes castées et non castées ne partagent pas le même cimetière. Alors qu’à la Casamance ou à Joal des chrétiens et musulmans dorment dans le même cimetière. Et dans le cadre des relations sociales, beaucoup de famille s’opposent à des mariages entre jeunes de différents castes, simplement parce qu’elles considèrent que cela est néfaste ».

Une question reléguée au second plan par les États des pays de la sous-région, d’après les participants du colloque. Ces derniers ont soulevé, lors des discussions, une faillite des États dans la lutte contre l’esclavage. Ils ont également déploré l’absence ou la non application de politiques permettant de combattre la discrimination des castes dans leurs pays respectifs. Raison pour laquelle ils considèrent que les personnalités religieuses constituent la solution pour mettre fin à la discrimination des castes et à l’ascendance en Afrique de l’Ouest. « Nous reconnaissons le rôle important que les chefs religieux, musulmans et chrétiens ont joué pour atténuer et éradiquer les castes au Sénégal. Il n’y a aucune religion révélée qui organise des stratifications sociales entre les gens.  La société civile a l’occasion de travailler avec les familles religieuses pour que la sensibilisation se poursuive car il faut sensibiliser. Et le meilleur outil de sensibilisation reste la religion », a déclaré le droit de l’hommiste.

Ainsi, au terme du colloque hier vendredi, une série de recommandations a été émises par les pays membres de la sous-région. Il s’agit entre autres d’ «  inviter les États à traiter de manière urgente la question de la discrimination fondée sur l’esclave, de demander aux organisations de la société civile de renforcer le plaidoyer en faveur de la lutte contre l’esclavage en privilégiant le moyen de l’éducation, ou encore de recommander aux États et aux organisations impliquées dans la lutte de financer des campagnes de sensibilisation visant les anciens et les nouveaux esclaves ». Ces principales recommandations seront étudiées pour une durée d’une semaine avant d’être validées par les participants.

 


 

 

 

 

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