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samedi 14 août 2021

EMIGRATION CLANDESTINE : 32 migrants sénégalais dans l'enfer d'Agadez


Migrants bloqués à Agadez

Candidats à l'émigration clandestine, 32 migrants sénégalais ont été détenus depuis maintenant 3 mois dans des hangars de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) à Agadez, une ville située au nord du Niger. L’alerte a été lancée hier, dimanche, par l’ONG Horizons Sans Frontières (HSF) de Boubacar Seye.

Les images rendues publiques sur les réseaux sociaux font froids dans le dos. Des migrants, jeunes pour la plupart, sont laissés à eux-mêmes dans un hangar, où s’abat une forte pluie. Balais, seau et lampes torches entre les mains, certains d’entre eux tentent d’évacuer les eaux pluviales à l’extérieur du camp. D’autres, pieds nus, habits mouillés et visages marqués par les stigmates de la peur, n’ont que leurs yeux pour voir leurs matelas, nattes, entre autres bagages et ustensiles être imbibés d’eau.  “Aidez vos compatriotes sénégalais. Nous sommes retenus dans l’OIM de Niger à Agadez. Voilà ce que nous vivons pendant la pluie. Nous errons matin et soir sous l’orage sans assistance”, témoigne l’auteur de l’une des vidéos. 

Ils sont au total 32 migrants de nationalité sénégalaise à être internés depuis le mois de mai dans des camps appartenant à l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), dans la ville nigérienne d’Agadez. L’ONG Horizons Sans Frontières qui a fait l’annonce dans la matinée d’hier dimanche, renseigne qu’il s’agit d’émigrés clandestins sénégalais interpellés au cours de leur périple en Europe. Selon la source, les uns ont été interceptés en Algérie et les autres aux larges des côtes Libyennes. Ils ont ensuite été expulsés à Agadez, où ils vivent entassés dans des hangars d’après Boubacar Seye, Chercheur en migration internationale et président de Horizons Sans Frontières. Joint au téléphone, il déclare : “Ils sont dans des situations d’extrême urgence à Agadez depuis plus de 3 mois. Ils sont retenus sous des hangars dans des conditions extrêmement précaires. Il faut rapidement qu’on aille les prendre parce que non seulement il y a les risques liés à la pandémie de la Covid-19, mais il y aussi le fait qu’ils n’ont rien à manger ” relate Boubacar Seye.

En plus de la trentaine de sénégalais, d’autres émigrés de nationalités étrangères figuraient également dans le lot des migrants détenus au nord du Niger. Toutefois, ceux-ci ont été assistés et ramenés dans leurs pays respectifs. Un fait déplorable selon le patron de HSF. “ Le plus dramatiquement dans cette affaire est qu’ils (les migrants sénégalais) ont été interpelés avec d’autres nationalités tels que des ivoiriens et des camerounais. Mais ces derniers ont été pris en charge et rapatriés par les autorités respectives de ces pays. Maintenant au niveau du Sénégal, ils sont poireautés avec des promesses non tenues de l’OIM ”, s’insurge-t-il au bout du fil. 

Des migrants “voués à l’esclavage...”

Reclus depuis plus de 3 mois, ces migrants sénégalais se disent être voués à l’esclavage et exploités dans les hangars de l’OIM. “ Il faut que l’OIM arrête d’exploiter la misère de ces migrants pour des raisons personnelles. Ces jeunes sont là-bas depuis 3 mois, mais à quelle fin ? Parce que ça pose problème qu’ils soient bloqués dans des tentes dans des conditions inhumaines avec tous les risques de Covid qu’ils encourent sans que rien ne soit fait”, tonne Boubacar Seye. Il ajoute : “la question qu’on se pose est la question sur la gestion des fonds alloués à l’OIM dans le cadre de la lutte contre l’émigration clandestine. Nous en tant qu’organisation de défense des migrants, nous voulons être édifiés sur le travail de l’OIM. Nous voulons savoir ce que cherche l’OIM en bloquant ces jeunes sans avertir l’État du Sénégal”, se demande au téléphone le président de Horizons Sans Frontières.

“Il faut que l’État nous dise où sont passés les fonds destinés à la lutte contre l’émigration clandestine...”

Dans leurs vidéos devenues virales sur le net, les 32 migrants sénégalais n’ont exprimé qu’un seul souhait, quitter les camps nigériens de l’OIM. Ils sollicitent ainsi le soutien des autorités gouvernementales afin d’être rapatriés au Sénégal. Un appel que réitère Boubacar Seye, tout en dénonçant un échec dans les politiques de lutte contre le chômage. “Nous tirons l’alerte sur le plan internationale pour que l’État prenne ses responsabilités. Ce qui se passe n’est rien d’autres qu’un échec de taille XXL dans la prise en charge des problématiques liées à l’emploi des jeunes, en chômage endémique et structurelle. Nous appelons au sens de l’honneur parce qu’il y aura une intensification des flux migratoires sous l’aiguillon de l’extrême pauvreté dû au Covid-19” affirme-t-il. Boubacar Seye n’a pas manqué à évoquer les fonds fiduciaires de l’Union Européenne (118 milliards FCFA) destinés à combattre l’émigration clandestine. À l’en croire, un audit de cette somme devrait être faite pour mieux au solutionner au phénomène de la migration. “On revient sur la gestion scandaleuse de ces fonds contre l’émigration clandestine. Il faut qu’on nous dise où sont rentrés ces fonds parce que le phénomène est encore-là. La migration continue de dévoiler des aspects aux conséquences incalculables dans nos sociétés en situation de vulnérabilité chronique. Il faut que l’État nous fasse le bilan de tout cela pour qu’on aille dans des perspectives de solutions”, lance Boubacar Seye, président de Horizons Sans Frontières.


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