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dimanche 27 juin 2021

PARKING STADE LÉOPOLD SÉDAR SENGHOR: LE DÉSORDRE REFAIT SURFACE

Parking du stade L.S.S

Mécaniciens, laveurs de voiture, peintres, vendeurs, entre autres ouvriers, s’installent de nouveau sur le parking du stade Léopold Sédar Senghor, deux ans après la campagne de désencombrement lancée sur les lieux. Ce samedi 29 mai, l’ambiance est vive sur place. Les ouvriers à l’œuvre, justifient leur retour par le chômage et la misère. Malgré les risques de déguerpissement qui planent sur eux, continuent tout de même de travailler.

 

Sur l’allée sableuse menant devant le portail du stade, un taxi se faufile à basse vitesse en évitant les débris de carrosserie sur le trajet. Le vrombissement du moteur soulève une couche d’air poussiéreuse qui s’éparpille sur l’environnement. Une pollution aérienne brouille la vision. A droite, des particules fines de la poussière se déversent vers un petit groupe de vulcanisateur. Accroupis au sol, ils démontent un pneu crevé. Dans ce vaste garage, des battements de marteau, des machines à souder et de la musique font l’animation. Le bouillonnement d’une bouilloire de thé, en préparation par un mécanicien sous un abri, éveille l’odorat. D’aucuns de ses compères, en pause, attendent avec  impatience d’être servis. Parmi eux, figure Boubacar Traoré, teint noir, la trentaine dépassée. Muni d’un T-shirt, d’un pantalon et des sandales noircis par l’huile de vidange, Boubacar Traoré fait partie des mécaniciens ayant été délogés il y a deux ans sur le parking du stade. Aujourd’hui, il fait sur retour sur place pour pouvoir exercer son métier. Visage ressentant les stigmates de la galère, il explique les raisons de son retour au parking du stade. « Nous sommes revenus ici parce que n’avons nulle part où aller. Après avoir été déguerpis, nous avons beau cherché un endroit où s’installer mais en vain. Nous ne sommes que des ouvriers et nous n’avons rien que notre métier. Raison pour laquelle nous avons décidé de nous réinstaller ici en attendant de trouver une solution », affirme-t-il, l’air désespéré. Notre interlocuteur révèle également qu’une rencontre s’est tenue entre le maire de la commune de Patte-d’oie, Banda Diop et les mécaniciens. Toutefois, ils n’ont reçu aucune autorisation de s’installer sur le parking. «  Après le nettoyage, le maire nous a reçu.  Il nous a ensuite proposé de trouver un nouvel emplacement où nous pourrions travailler. Mais malheureusement, il n’y a aucun espace dans ce secteur. C’est ainsi que nous avons décidé de revenir ici de notre gré. Parce qu’on ne peut rester des mois sans travailler, » estime Boubacar Traoré, gesticulant tout au long de ses explications. Une allure mélancolique, c’est tout ce que dégage le mécanicien. Toutefois, il n’est pas le seul à subir les affres du chômage. Des peintres ont aussi vécu le même sort.

 

Dans un tas d’une dizaine de carcasses de voiture, le sifflement d’un pistolet à peindre attire l’attention. Nous sommes à l’atelier de peinture. Cinq ouvriers, portant de vêtements déchirés et multicolores sont en train de peindre des carrosseries de voitures. Sur place, l’odeur du diluant  et de la peinture à huile se dégage à grande pompe. Les quelques passants et marchands ambulants ajustent leurs masques pour se prémunir du l’atmosphère délétère qui domine l’environnement. D’autres, mettent la main sur le nez pour mieux respirer l’oxygène. Une aération que résiste, toutefois, Ass, ombragé par une fourgonnette stationnée devant l’atelier. Peintre de profession, Ass fait également partie des ouvriers déménagés du parking du stade. Casquette noir à la tête, T-shirt orange et jean noir troués, il revient sur ces périodes sombres. « C’était très difficile. Parce qu’ils nous avaient pris de court. C’était au moment où nous étions allés fêter la Tabaski qu’ils sont venus derrière nous saccager tout ce qui se trouvait ici. Tous nos matériaux ont été détruits », se souvient encore le peintre, sourire de désespoir affiché aux coins des lèvres. Malgré leur retour sur le parvis les ouvriers ne sont pas exempts de pression. Selon notre source, des agents de la mairie font de manière courante des descentes sur place pour exiger leur départ. Toutefois, d’après lui, les ouvriers se sont opposés à eux. « Ils sont venus ici, il n’y a pas longtemps, pour nous fixer un délai de départ. Mais ce jour arrivé, nous nous sommes mobilisés et avons exprimé un niet catégorique. Mais après des jours de négociation, le préfet de Dakar leur a donné instruction de nous laisser travailler ici, » relate Ass, les mains croisées. Ces moments de tension restent inoubliables selon les peintres du parking. Selon eux, l’heure est à la vigilance face à d’éventuelles descentes des hommes de la mairie. Mais pendant ce temps, des eaux usées coulent à flots sur le parking  du stade.

 

En face de la poste d’électricité de l’infrastructure sportif, des laveurs de voiture, jeunes pour la majorité, s’activent. Une quinzaine de taxi et des véhicules particuliers stationnés se font lavés en même temps. Sur place, un charretier remplit des récipients de toutes sortes déposés, pêle-mêle, par terre. Mais nombreux sont les laveurs qui ont profité de la réouverture du parking du stade pour s’installer. Assis à la chaise arrière d’une voiture, Alioune fait partie d’eux. Teint noir, taille courte et torse bombé, il essuie les vitres,  répétant avec gaieté les paroles d’un morceau de rap émis dans la bagnole.  Le laveur qui a quitté le ‘‘Walo’’ pour trouver du travail dans la capitale, ne souhaite qu’une seule chose, continuer d’œuvrer sur le parking. « Nous voulons que les autorités nous laissent travailler. Parce que nous n’avons nulle part où aller. Si nous avons quitté le village, c’est pour trouver du travail ici car nos parents ne comptent que sur nous, » confie Alioune, Lacoste rouge, mouillé par son chiffon, accroché à l’épaule droit.

 

La mairie se déclare incompétente de la gestion du parking

 

L’ordre et la sécurité qui régnait sur le parking du stade Léopold Sédar Senghor depuis deux ans disparait. Ce, suite à l’installation progressive des ouvriers. Ces derniers qui disent avoir obtenu l’aval de la mairie espèrent demeurer sur les lieux. Toutefois, les autorités municipales informent que la mairie n’a aucune prérogative sur le parking du stade. Joint au téléphone, Mao Fall, président de la commission environnement de la commune de Patte-d’oie précise : « La gestion du stade ne revient pas à la commune de Patte-d’oie. L’exclusivité du stade revient au ministère des Sports. Quand le ministre Abdou Karim Fofana désencombrait, on a participé à hauteur de 60 millions. On avait écrit une lettre pour demander au ministère des Sports de nous donner le parking pour faire un stationnement réglementé. Mais il n’y a pas eu de suite. Ils (les ouvriers) n’ont reçu aucun papier émanant de la mairie », éclaire Mao Fall.  Au bout du fil, il avance que le directeur du stade est le premier responsable du parking.

 

Youssoupha Sy Directeur du stade Léopold Sédar Senghor : « je suis allé là-bas les sommer de partir…»

 

Le port obligatoire du masque est le seul « ticket » pour franchir la grande porte du stade Léopold Sédar Senghor. À l’intérieur, un calme plat règne. Vus de loin, des athlètes s’échauffent sur une piste. A l’entrée principale, les photos d’anciens footballeurs de l’équipe nationale du Sénégal, d’anciens lutteurs et de personnalités importantes rayonnent les murs des couloirs au premier étage. Trouvé dans son bureau, Youssoupha Sy est depuis 2020 directeur du stade. Lunettes bien vissées, masque couvrant la bouche et le nez et sourire se lisant sur le visage, il confirme que la direction du stade est responsable du parking. « Le parking extérieur du stade est géré par la direction du stade, » affirme-t-il. Notre interlocuteur dit être au courant de l’occupation du parvis par les ouvriers. Il certifie toutefois que les travailleurs sont persona non grata sur les lieux. « Quand les ASP qui surveillaient le parking contre toute occupation sont partis, nous n’avons pas pu trouver les moyens pour mettre en avant un dispositif de sécurité permanente. Mais puisque la nature a horreur du vide, les mécaniciens commencent à venir s’installer petit à petit. Constatant cela, je suis allé là-bas les sommer de partir. Je leur ai même donné des sommations », relate le Directeur du stade L.S.S.

Mais d’après lui, les tensions en début mars ont engendré des manifestations sur le parking. Des ouvriers ont brulé des pneus et ont refusé de quitter les lieux. Raison pour laquelle le préfet de Dakar a ordonné aux autorités du stade et celles municipales de leur accorder un délai en attendant le démarrage des projets de réhabilitation de l’infrastructure dont la première phase va démarrer cette année.

Mais malgré tout, le directeur de l’infrastructure assure que le ministère des Sports, en collaboration avec la maire de la Patte-d’oie, sont disposés à soutenir les ouvriers. Ces derniers, bien installés, sur le parking du stade, espèrent y rester encore longtemps. Cependant ils sont conscients que les risques de déguerpissement sont imminents.

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